Kézaco : la misogynie intégrée et le sexisme bienveillant

Le fléau de la misogynie intégrée et du sexisme bienveillant

           Cet article a été difficile à écrire. J’ai voulu expliquer les phénomènes de misogynie intégrée et de sexisme bienveillant en me basant sur mon expérience. Retranscrire les horreurs que j’ai pu penser, dire ou faire à l’époque, en sachant ce que je suis désormais est un exercice compliqué, honteux mais nécessaire.

Aussi loin que je m’en souvienne, je me suis toujours soulevée contre les inégalités. Je me suis toujours battue pour la tolérance, je me suis toujours indignée de l’injustice. Très tôt, j’ai voulu aider mon prochain, en commençant d’abord par tendre la main aux enfants solitaires su les bancs de l’école, en essayant d’être toujours gentille avec tout le monde, en défendant les plus faibles contre les rumeurs tordues et autre bullshit. A 12 ans, j’ai commencé à m’investir pour la communauté homosexuelle. C’est venu comme ça, du jour au lendemain.  J’avais un but, j’avais quelque chose contre quoi me battre : détruire l’homophobie. Petite fille, j’étais déjà en colère envers ce monde. Cette colère, je l’ai utilisé pour affronter des propos extrémistes, des propos ignares, des attitudes dégradantes… Mais ce que je ne savais pas encore, c’est que cette colère me venait de ma condition de femme. Depuis toute petite, j’avais vécu des injustices, des inégalités, des propos rabaissants, des maltraitance physiques et psychiques, on m’avait enseigné la culpabilité, la honte, la peur. Résultat : je m’indignais, je ne refusais d’être une femme. J’ai commencé à développer des notions de féminisme, mais malheureusement, des notions bien erronées. Au vu de mon jeune âge, mes idées qui se voulaient libératrices et émancipatrices, étaient manipulées par la société dans laquelle nous vivons. Une société patriarcale qui déverse des idées, des notions, des fondamentaux oppressants.

Moi, petite fille de 14 ans, je voulais qu’on arrête de m’harceler dans la rue. 

Moi, petite fille de 14 ans, je voulais qu’on arrête de me toucher sans mon consentement.

Moi, petite fille de 14 ans, je voulais qu’on arrête de m’attribuer des adjectifs humiliants.

Moi, petite fille de 14 ans, je voulais que les garçons me considèrent comme « cool ».

Moi, petite fille de 14 ans, je voulais que les garçons cessent de me voir comme un objet sexué.

Alors, pour accéder à tout ça, j’ai agi. J’ai commencé à parler au nom des femmes, alors que j’avais moi même honte d’en être une et ne voulais pas être considérée comme une d’elle. Alors que je voulais être mieux considérée par les autres, j’ai prit le problème à l’envers et me suis opposée aux femmes. J’ai alors tenu des propos tels que « comment on peuimt espérer être respectée un jour si y’a encore des filles comme elle qui s’habille avec des mini jupes ! Elle ne se respecte vraiment pas », ou encore « cette fille est une salope, elle est sortie avec pleins de mecs », « je ne suis pas comme les autres filles », « je suis avec les mecs moi! », « les femmes sont vraiment connes à accepter de jouer dans des clips si dégradants »« je préfère avoir des amis mecs, les filles font que des histoires », « quand les mecs couchent à droite à gauche, on dit rien, mais quand les filles le font c’est des salopes. C’est pas juste : les deux devraient se respecter et ne pas faire n’importe quoi. »

Bon alors comment te dire mon moi du passé ? TU AS TOUT FAUX ! Mais je ne t’en veux pas. Pourquoi ? Parce que comme toute personne vivant dans notre société, j’étais une bonne petite victime du patriarcat, même si je croyais penser par moi même, j’étais en fait un bon produit prédéfini par des idéaux sexistes. Je croyais m’émanciper, alors que tout ce que je faisais c’était :

  1. Valider le sexisme.
  2. Chier sur les autres femmes pour me faire me sentir mieux aux yeux des hommes.
  3. Faire du slut-shaming.
  4. Faire du body-shaming.
  5. Chercher la bénédiction ultime du saint mâle.
  6. Devenir ce que je ne suis pas pour que les garçons arrêtent de m’identifier comme « femelle » et stoppent donc leurs abus sur ma personne. 
  7. Chier sur tout ce à quoi je ne m’identifie pas, et donc : 
  8. Oppresser.

Est ce que cette attitude est courante ? Oui. Est ce que c’est triste ? Oui. D’où ça vient ?

De la misogynie intégrée.

La misogynie définit un mépris, parfois une haine, vis à vis des femmes et du féminin. Ce terme est issu d’une super société représentative où le gouvernement et ses lois protègent tout individus existants au même titre que les autres. Ah bah non en fait, c’est exactement l’inverse. Ce terme est apparu très tardivement, en 1812, lorsqu’on a commencé à se dire « ah tien, c’est bizarre mais j’ai l’impression qu’on vit dans un monde régit par les hommes pour les hommes », autrement dit, une Phallocratie. Au lieu de régler le problème une bonne fois pour toutes, on a préféré inventer un mot pour dire aux femmes « eh vous avez vu ? On vous comprend, c’est vraiment pas cool ce que vous vivez, même que ça s’appelle la misogynie quand on vous fait des sales coups ! ». Du coup, problème réglé, on a rendu concret quelque chose en mettant un nom dessus et en disant que c’est mal, alors, c’est pas bien il faut pas le faire ! Sauf que non.

La misogynie continue, et elle ne se cantonne pas qu’à l’attitude des hommes envers les femmes. La misogynie ça s’apprend, ça s’inculque et ça s’accroche solidement en plus. De ce fait, des femmes ont des idées bien arrêtées sur ce que doit être, faire, ou penser une femme et elle continue le boulot du patriarcat jusque dans l’intimité. Elles enseignent à leur tour à leur petites filles comment se comporter si on a le malheur d’être une femme, elle enseigne le jugement. Et ça, ça s’appelle de la misogynie intégrée. C’est un phénomène culturel qui agit lorsqu’une femme ou une petite fille accepte les idéaux sexiste comme « vrais ».

Pour mieux comprendre, je vous laisse le plaisir découvrir la super définition d’un livre que je vous recommande vivement :

Le sexisme bienveillant

Tu trouvais que la misogynie intégrée était fourbe ? Tu n’as pas encore rencontré le sexisme bienveillant ! La misogynie intégrée est déjà bien difficile à identifier (du moins pour soi-même), mais alors le sexisme bienveillant… C’est le petit rigolo qui va vouloir te priver de tes libertés mais sous le couvert du fameux « c’est pour ton bien ». Il se veut sympa, protecteur, et même valorisant (!), mais tout cela tant que tu restes bien à ta place de femme, parce que quand même faut pas déconner. C’est un peu le cousin de la discrimination positive [ en gros faire une remarque positive en faisant tout de même une séparation (raciale par exemple : « Tu danses trop bien, normal t’es noir » = propos « positifs » certes, mais racistes quand même au vu d’un regroupement ethnique et de la mae_west_3221.jpeg_north_692x878_-_1E1E1E-propagation d’un cliché racial. ] Le sexisme bienveillant, du coup, c’est ce petit chenapan qui est mielleux avec toi « Les femmes vous êtes si belles, comme des trésors, qu’il faut vous couvrir » = merci mais non merci. C’est lui aussi qui agit dans l’ombre lorsqu’un homme t’interpelle dans la rue en te disant « que fait une belle femme comme toi toute seule la nuit ? Heureusement qu’il n’y a pas que des fous et que je suis là pour vous protéger. » Mais des fois, le coquin est plus violent : « Tu ne devrais pas t’habiller comme ça, tu vas te faire violer. Je me soucie de toi, c’est pour toi que je dis ça ! », ou aussi (spécial dédi à maman) « tu veux voyager partout c’est bien, mais si tu y vas sans homme tu vas te faire violer. Le monde est pas tout rose, on peut pas faire ce qu’on veut ! » Incroyable mais vrai : on peut aussi se faire violer en combinaison de ski des années 80, et même en restant chez soi ! Donc on passera sur ton argumentation le sexisme bienveillant.

Donc le sexisme bienveillant, c’est celui qui veut te protéger mais pas que. Il aime bien te renvoyer à tes fonctions premières de femme aussi « Il me faut une femme à la maison, elles savent y faire avec la déco pour créer un nid douillet » = J’ai pas que ça à foutre d’aller chez Castorama, j’aimerai qu’une femme « délicate » s’en charge à ma place car c’est bien connu, non, les femmes aiment les trucs jolis et dépenser de l’argent ! Y a pas longtemps, à une réunion au boulot de ma mère, le chef a dit « ainsi vos femmes peuvent remplir les pots de sucre ». Ma mère a demandé « parce que les hommes ne peuvent pas le faire aussi ? », et pour se dédouaner, le chef a répondu « ah mais c’est pas ça que je veux dire ! Les femmes sont plus douées que nous, moi par exemple je suis incapable de faire les courses ! » Bel exemple de sexisme bienveillant, puisque pour légitimer des propos sexistes, on brosse la femme dans le sens du poil en la valorisant. Sauf que raté ! ça ne marche pas car de 1 on est pas « flatté » d’avoir la qualité de savoir faire les courses, et de 2 c’est très sexiste de considérer que les hommes sont incapables de faire quelque chose d’aussi simple que les courses, merci pour eux.

Pour conclure, le sexisme bienveillant c’est le fier représentant de la chevalerie comme l’écrivent Marie Sarlet et Benoit Dardenne,

Le sexisme bienveillant est une attitude sexiste plus implicite, teintée de chevalerie, qui a une apparence anodine et qui semble même différencier favorablement les femmes en les décrivant comme chaleureuses et sociables. Néanmoins, en suggérant l’idée que les femmes sont fragiles et qu’elles ont besoin de la protection des hommes, il suggère également qu’elles sont inférieures et moins capables qu’eux.

Pourquoi est ce que c’est dangereux ?

La misogynie intégrée est dangereuse car elle incite au slut-shaming, à l’intimidation, au harcèlement d’autres jeunes filles ou femmes. Elle entraîne une attitude agressive vis à vis des autres femmes, conduisant à une mise en compétition, à des jugements de valeurs hasardeux et menant à une réelle oppression. Il faut réussir à se sortir de ce cercle vicieux car non seulement on véhicule de la haine auprès d’autres femmes, mais on se dénigre nous même en tant que femme.

Le sexisme bienveillant est un fléau qui emprisonnent des femmes dans ce qu’elles croient être des « privilèges », mais qui sont, en réalité, de bien pauvres avantages accordés par une société phallocratique. La considération des femmes en tant que personnes ne devraient pas s’évaluer sous forme de bénéfice, mais bien sous forme d’égalité avec l’homme. La femme ne doit pas se satisfaire de « bons points » pour accéder éventuellement au podium des hommes si elle se comporte bien, mais se faire considérer comme égale de l’homme en tant qu’être humain.

Il faut impérativement en finir avec les jugements de valeurs. Ainsi, les femmes ne devraient plus avoir à se faire traiter de « salope » ou « pute » étant donné qu’il n’y ait pas d’équivalent masculin existant. Les termes de « salaud » ou de « gigolo » ne contiennent aucunement la qualité péjorative et humiliante que contiennent les incultes destinées aux femmes. On doit arrêter de dicter aux femmes leur comportements, et arrêter de les juger sur la façon qu’elles ont à vivre avec leur corps.

           Ainsi, quand nous aurons terminé de dire à une femme comment s’habiller selon ses courbes, ou comment se couvrir pour être respectable, ou avec qui coucher quand on est une fille bien, ou si elle doit ou non être cultivée, etc, seulement là, nous aurons éradiqué la misogynie intégrée et le sexisme bienveillant qui sont les chaines aux pieds de chaque femmes.

Kézaco : l’intersectionnalité ?

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Kimberlé Crenshaw, née en 1959 aux Etats-Unis. 

Ce qui est quand même vachement sympa avec le féminisme, c’est qu’il introduit plein de nouveaux mots, et moi les mots, j’adore ça. Aujourd’hui on va s’attaquer au terme d’intersectionnalité. Cette notion nous vient de la sociologie et des réflexions politiques, mais c’est surtout grâce au féminisme et à Kimberlé Crenshaw qu’elle existe. C’est en 1991 qu’elle l’emploie pour définir une personne souffrant de diverses discriminations en même temps.

Au début du féminisme, on s’est très vite rendu compte que se battre pour les droits de la femme, ce n’était pas se battre pour les droits des femmes. Nous sommes toutes différentes, de par notre couleur de peau, notre orientation sexuelle, notre classe sociale, notre corpulence, et bien d’autres choses encore ! Ainsi, une femme pouvait subir le sexisme, sans pour autant avoir le loisir d’être confronté au racisme en prime; ce qui donnait lieu à des soucis de compréhension et d’organisation au sein du mouvement féministe, mais aussi au niveau des plaintes à la justice. Dans She’s beautiful when she’s angry, documentaire sur les féministes des années 60, une militante, Karla Jay, confesse la difficulté qu’elle avait à se retrouver complètement dans les expériences de vie des autres militantes, ainsi que sa peur à faire son coming out dans une société où le lesbianisme « n’existait pas ». Elle parle également de la réticence des autres militantes à inclure la défense de la communauté LGBTQ lors des évènements médiatiques, de peur d’attribuer une mauvaise image du mouvement féministe.

Dans les années 60, c’était comme ça pour beaucoup d’entre nous. On a grandit en silence dans l’isolement et la honte et c’est pourquoi la sensibilisation était si attrayante, car il y avait tant de choses de notre vie dont on ne pouvait pas parler. Le mouvement des femmes avait inventé la devise : « l’intime est politique.«  Mais quand on était lesbienne et qu’on voulait parler des relations homosexuelles, plutôt que des relations hétérosexuelles, personne ne voulait rien entendre.

Karla-JayKarla Jay, née en 1947 aux Etats-Unis.

Cette volonté de montrer au grand jour les problèmes vécus par la communauté homosexuelle, s’exposait constamment aux craintes des autres militantes, qui se justifiaient en décrétant: « ça créé des divisions. De toute façon, c’est ce que les hommes disent de nous. On appelle gouines celles qui luttent pour leurs droits. » Ces craintes sont la preuve que les femmes, toutes nouvelles dans leur volonté de lutte pour leurs droits, craignaient encore l’approbation des hommes réticents au mouvement. Dans une société masculine pour les hommes, leur crédibilité était déjà trop basse, et pour acquérir la bénédiction du mâle, il fallait intégrer une certaine misogynie. Tout cela était bien évidemment inconscient, comme une vieille habitude des années 50 : convenir à la figure masculine.

Outre l’orientation sexuelle qu’il fallait à tout prix taire, il y a aussi les problèmes quant à la couleur de peau. Le livre Les gros mots, abécédaire joyeusement moderne du féminisme, nous dit à ce propos que les discriminations subies par une femme blanche et une femme noire ne sont pas les mêmes. « En 1968, la juriste américaine Kimberlé Crenshaw tente d’expliquer pourquoi les femmes noires ont du mal à faire reconnaître les discriminations qu’elles subissent au travail. Le droit américain fait de manière à ce qu’elles doivent en effet choisir de porter plainte pour discrimination sexiste ou raciale. « Si elles se présentent comme victimes de discriminations fondées sur le sexe, les juridictions les déboutent en soulignant que d’autres femmes (blanches) ne rencontrent pas les difficultés dont elles se plaignent. Si elles se présentent comme victimes de discriminations fondées sur la race, les juridictions les déboutent en soulignant que d’autres Noirs (des hommes) ne rencontrent pas les mêmes difficultés qu’elles » résume la juriste française Stéphanie Hennette-Vauchez. « 

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C’est un très beau mot que l‘intersectionnalité, un peu compliqué certes, mais qui veut dire quelque chose de fort et qui délivre un message de tolérance et d’acceptation. Il résulte d’un long combat des femmes pour les femmes (mais pas seulement), témoignant du dur chemin parcouru ainsi que du chemin qu’il reste néanmoins à faire. Ce que j’aime avec la notion d’intersectionnalité, c’est qu’elle ne laisse personne à côté, elle inclut tout le monde.

Un féminisme sans intersectionnalité, c’est un féminisme incomplet, superficiel et stérile. Toutes les oppressions sont connectées, les discriminations se croisent, « s’alimentent les unes les autres, fonctionnent souvent ensemble pour créer des problématiques spécifiques », nous dit Les gros mots, abécédaire joyeusement moderne du féminisme. 


Un féminisme qui ne défendrait pas les personnes de couleurs, la communauté LGBTQ, les personnes non valides, les transgenres, les différentes classes sociales, ne serait pas un féminisme qui défend les femmes, mais un genre de femme. Et ça, c’est contraire à l’éthique du féminisme.


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« Le jour où j’ai décidé de m’assumer », témoignage d’un jeune homosexuel

J’introduis aujourd’hui un nouveau type d’article qui, j’espère, vous parlera, vous plaira, ou même, vous aidera. Le titre me paraît extrêmement réducteur étant donné tout ce que représente la personne que j’ai « interviewée », mais il fallait quelque chose de clair et précis. Lorsque je lui ai demandé s’il avait des idées de titres, il a tout de suite répondu avec humour : Je sais pas… »Ma sexualité au Lycée », « Retour au Moyen Âge », « Souviens toi le dernier Lycée » ? (Super réf by the way). L’humour, qui fait partie intégrante de la personnalité de ce jeune monsieur, est également la preuve qu’il est passé à autre chose, bien que cette période l’ait beaucoup marqué.

En effet, ce témoignage fait part de la difficulté éprouvée lorsqu’on se rend compte que sa sexualité n’est pas en accord avec le prisme de « normalité » de notre société encore trop rétrograde. Ce jeune homme m’a raconté son histoire avec beaucoup de simplicité et de sincérité, ce que je tiens à remercier grandement. Il faut du courage pour raconter son expérience, et encore plus pour accepter de la partager, même si cela reste anonyme.

Voici donc ce qu’il a accepté de me confier :

« A l’époque, j’étais lycéen dans un bahut de campagne. Le lycée… Le bon vieux système de classe: Populaires, Loosers, les Autres. J’étais plutôt dans cette dernière catégorie, le mec qu’on connait de loin et qu’on dérange pas plus que ça, qui fait sa vie comme tout le monde. J’étais un lycéen lambda, avec des résultats scolaires moyens, un groupe d’amis stable et de gros problèmes d’amour propre… En partie parce que je n’assumais pas du tout mon homosexualité.
Mon erreur était d’avoir eu un gros crush pour un mec populaire pendant plusieurs mois. Même si j’étais convaincu qu’il était hétéro, un soir, j’ai pris mon courage à deux mains en avouant à une de ses amies que j’aimais les mecs, puis lui demander s’il y avait une chance que lui soit gay et que je puisse lui plaire… Oui, cette manœuvre était mal pensée et pas vraiment nécessaire, mais que voulez-vous? Jeune et Con.
Évidemment, elle m’a répondu qu’il n’aimait que les filles… Et après notre conversation, elle a raconté à son copain que j’étais gay, qui a son tour a raconté à d’autres… bref.
Le lendemain matin, je voyais qu’on me regardait bizarrement, je n’ai pas mis longtemps pour faire le lien avec ma confession de la veille, et les commentaires de certains ne se sont pas faits attendre: J’en étais sûr, la Rumeur était lancée.
Je vivais un cauchemar, je n’assumais toujours pas ma sexualité, mon béguin et ses amis se moquaient de moi, j’avais le droit à des « C’est vrai? T’es gay? » sur un ton qui me confortait dans l’idée que j’étais une abomination, un autre lycéen – le mec genre violent et qui justifie son intolérance avec la religion – a même poussé le vice en me menaçant en approchant son briquet allumé très près de ma moustache…
Je n’arrivais pas à supporter cette sensation d’être constamment épié comme une bête de foire, j’avais même cessé de manger au réfectoire pour pouvoir éviter au maximum ces regards qui me hantaient… La pression avait été telle que j’ai été contraint de dire à ma mère à contrecœur que j’étais gay, j’avais trop peur que la rumeur fuite jusqu’à elle, j’ai préféré lui dire moi-même…
Elle m’a demandé pourquoi je pleurais quand je lui ai annoncé, j’ai évidemment préféré ne pas parler de la rumeur. Sa tolérance à mon égard n’avait pas suffit à me consoler pourtant, ni le support de mes amis ou de personnes qui me témoignaient de la compassion. J’ai préféré traiter le problème et aller parler à un psychologue.
Jusqu’à la fin du lycée, je suis allé en cours jour après jour avec une boule au ventre qui rétrécissait au fur et à mesure mais qui était bien là. La rumeur se tassait, j’avais continué de démentir publiquement, les plus réticents me faisaient toujours ressentir leur mépris…
A l’heure actuelle, plusieurs années après le lycée, je m’assume plus et ne cache plus cet aspect de moi, mais même si le recul me fait voir que mon vécu a été plutôt soft, je sens toujours en moi que si je devais retourner là-bas, je n’arriverai pas à y être naturel. »

Lorsqu’il m’a raconté tout ça, il n’arrêtait pas de répéter « désolé, c’est vraiment pas fou », « c’est pas exceptionnel comme histoire », « je me victimise ». Ce qui paraît normal, ordinaire, et pas si dingue à ce garçon, a pourtant suffit à me retourner l’estomac. Ce que je trouve vraiment triste dans tout ça, c’est qu’il pense que ce n’est pas grand chose en fin de compte. S’il n’y a pas de violence physique, ou d’agressions répétées, est ce moins grave ? Non. La pression sociale qu’il a subit, le mal-être qu’il a dû endurer, et l’agression de ce jeune homme violent sont le reflet d’une société excluante, et ça, ce n’est pas normal. On ne devrait pas vivre ce genre de chose parce qu’on a le malheur d’aimer.

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J’ai dû le rassurer plusieurs fois en lui disant que tout ce qu’il me disait était, au contraire, très intéressant, et également très rageant.

Je lui ai ensuite demandé à quel moment il a décidé d’assumer sa sexualité, qu’est ce qui lui avait fait se dire « merde à la fin, maintenant j’assume : je suis qui je suis ! »


« C’était pendant mon deuxième mois à la fac, j’étais pas à l’aise avec ma sexualité, j’avais plus ou moins accepté que j’aimais les hommes et j’arrivais à l’avouer a certaines personnes, mais je restais caché dans le placard à regarder d’autres personnes au loin s’assumer… Je n’avais pas d’amis gays proches avec qui parler, les mecs gays que je connaissais de loin représentaient ce que je détestais (et déteste toujours) dans ce cliché de la communauté gay, je connaissais quelques filles lesbiennes ou bisexuelles mais j’étais tellement dans mon trip « Seul contre le monde » que j’estimais à tort qu’elles n’étaient pas à même de comprendre mon sentiment de solitude. »

J’ai alors voulu en savoir plus sur ce qu’il entendait par « les mecs gays que je connaissais de loin représentaient ce que je détestais dans ce cliché de la communauté gay ». Il m’a rassuré en me disant que les seules personnes qu’il y avait autour de lui étaient des hommes superficiels et égocentriques. Défauts qu’on associe un peu trop à tord aux hommes homosexuels, et qui sont, en fait, surtout des défauts humains avant d’appartenir à une quelconque communauté. Il a ensuite continué l’histoire de son vrai coming out, celui voulu, et non celui imposé par des rumeurs. 


« Un jour où j’étais a la fac, je profitais de la pause avec un ami et deux de ses potes que j’apprenais a connaitre. Cet ami en question faisait partie des rares personnes à la fac à qui j’ai voulu me confier sur ma sexualité. Du coup, on parlait tous les quatre de choses et d’autres, et au moment où l’un d’eux me demande si j’ai une copine, mon ami répond immédiatement: « Non, il est Gay. ».
tumblr_of1l4sSNGa1stoo0qo1_500Stupeur et Tremblements, « Qu’est ce qu’il vient de faire? », je ne savais pas où me mettre, en quelques secondes j’ai vu défiler des émotions allant du sentiment de trahison à celui de honte… J’étais horrifié a l’idée d’être moqué.
Le garçon a alors répondu: « Ah? Tu as un copain alors? ». J’étais très surpris de la dimension « normale » dans laquelle il mettait mon cas, il faut dire que je n’avais pas vraiment l’habitude entre mon vécu et mon estime de moi très fragile.
À la fin de la pause, j’ai pris mon ami à part pour lui faire savoir que j’avais pas beaucoup aimé qu’il divulgue mon secret comme ça, et il m’a expliqué que pour lui c’était pas normal que je garde ça secret à cause de la peur et qu’à la fac, on s’en fout totalement de la sexualité et que c’était le moment pour moi d’arrêter de me cacher.
La réaction de ses potes en était la preuve, il était temps que j’arrête de dire que j’étais hétéro et que je cesse de craindre d’être rejeté. J’ai donc choisi de faire mon Coming Out. Beaucoup ont été contents pour moi, certains ne me comprennent toujours pas, mais ils s’accordent tous sur le fait que je suis toujours la même personne… Je suis juste plus épanoui.
Aujourd’hui, j’ai compris que j’étais pas la seule personne à comprendre ce genre de peine. Je ne parle pas que de sexualité, mais en général, on peut tous faire face à un problème d’acceptation, et je sais maintenant que l’on peut tous être capable de comprendre et/ou au moins compatir pour un mal être et ce même si on ne l’a jamais directement vécu. »

Même si pour lui tout ça n’a rien d’extraordinaire, je trouve que le témoignage d’évolution de cet homme est très beau. Il a peut-être l’impression que tout ça n’est pas assez romanesque, et pourtant… C’est un récit touchant qu’il nous fait là, nous montrant que le combat à l’acceptation ne se fait pas seulement en devant se faire approuver par les Autres. Les barrières internes qu’il a dû démolir lui même avant de pouvoir s’accepter en face des autres est un exploit remarquable, accomplit avec courage et persévérance. Si les Autres constituent des éventuels ennemis redoutables, il ne faut pas oublier que le combat se fait également, et surtout, avec soi-même. Avant de faire son coming-out, il faut parvenir à être en paix avec soi-même. Réussir à s’accepter, c’est quelque chose de souvent très douloureux, mais toujours quelque chose de très courageux. Un jour, ce garçon a décidé d’arrêter de survivre, et de commencer à vivre.

tumblr_ngd1ng2J8B1u5schdo1_500Ce que je salue également, c’est qu’il ne se focalise pas sur son seul cas, il délivre aussi à travers son témoignage un message de compréhension, de tolérance et de bienveillance envers les êtres.

Encore merci à toi pour cette noble empreinte de ton expérience de vie.

Le 8 Mars et ses défauts d’interprétation

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Comment réagir à ce genre de publicité..? Juste, s’il vous plait, NON !

Le 8 Mars ce n’est pas la journée de la femme. On ne célèbre pas l’existence de la  femme, mon petit. Donc pas la peine de bien traiter les femme seulement le 8 Mars sous prétexte

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Ok Anakin, merci de l’attention mais on va se passer de tes fleurs et se concentrer sur la Force.

que c’est une journée toute dédiée à la féminité. Non, non et non. N’offrez pas de fleurs, n’offrez pas de manucure, de produits de beauté ou autre appareil éléctro-ménager à prix réduit pour l’occasion.

Le 8 Mars c’est bien plus grand, bien plus beau, bien plus important que ce que les publicitaires semblent te montrer. Le 8 Mars devrait évoquer une lutte, celle des femmes. Le 8 Mars existe pour rendre hommage à toutes ces femmes qui se sont battues pour leurs droits.

C’est un hommage, certes, mais pas que. Le 8 Mars est une journée de manifestations mondiale où l’on effectue une mise au point sur la situation actuelle des femmes. C’est donc encore un évènement bien vivant !


Un peu d’Histoire

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L’idée de faire du 8 Mars une journée de lutte pour les droits des femmes prend place au début du XXème siècle, en 1910. C’est Clara Zetkin, enseignante, femme politique marxiste et figure emblématique du féminisme socialiste qui, lors de la conférence internationale des femmes socialistes, propose une journée internationale dédiée aux femmes. Cette journée constituerait alors un rendez-vous annuel de manifestations en faveur du droit de vote, de l’égalité Homme-Femme et du socialisme. La première manifestation a lieu le 19 Mars 1911, pour ensuite être définitivement fixée au 8 Mars à partir de 1921. C’est Lénine qui, pour rendre hommage à des ouvrières manifestantes à Saint-Pétersbourg le 8 Mars 1917 (initiant ainsi la révolution de l’Empire Russe), décrète que le 8 Mars sera la journée des droits des femmes.

Si la célébration du 8 Mars devient une tradition dans tout le bloc de l’Est, ce n’est pas encore acquis pour le reste du monde. C’est seulement en 1977 que les Etats-Unis font du 8 Mars, la « Journée des Nations Unies pour les droits de la femme et la paix internationale ». Quant à la France, c’est Yvette Roudry, déléguée des droits de la femme, et François Mitterand qui officialisent la journée des droits de la femme, en 1982.


Il a fallu donc énormément de temps entre l’idée et la mise en pratique d’une journée 17156330_424747024533052_6340930256565304075_ndédiée aux droits de la femme. Ce qui est assez représentatif de l’importance que l’on donne aux droits des femmes, quelques chose d’assez secondaire en fin de compte, au vu de la vitesse à laquelle cette journée a été déformée.

Le 8 Mars est une date forte, symbolique et gorgée d’histoire. C’est pourquoi la colère monte lorsque je vois une pub comme celle plus haut, représentant une femme à l’air ahurie, stupide, éberluée; aux yeux vides et sots, qui demande à être aussi choyée le reste de l’année également. Bien sûr cette image peut-être prise au second degré et servir la cause des femmes en ne demandant pas à être choyée, mais au contraire, en demandant des droits le reste de l’année. Cependant j’ai effectué beaucoup de recherches quant à cette image et je ne l’ai trouvée que sur des sites où le 8 Mars était déformé en « Journée de la Femme : pensez à prendre soin de vous ».

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Le 8 Mars mérite plus que cette stratégie d’aliénation que nous impose la publicité. Le 8 Mars mérite un soulèvement contre les violences envers les femmes, contre les agressions sexuelles, le harcèlement sexuel et verbal, les inégalités salariales, l’excision, la maltraitance psychologique, le slut-shaming, les entraves à l’avortement, la désinformation à l’égard de son anatomieles attaques à l’acide, les lynchages pour « l’honneur », les lapidations, les mariages forcés et/ou précoces, ainsi que le sexisme (quelque soit la forme qu’il prend).

Pour se rendre compte de la bêtise des publicitaires : la journée de l’infâme.

La première femme condamnée pour exhibition sexuelle

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Le 15 février 2017, l’ex FEMEN, Eloïse Bouton, a été condamnée à un mois de prison avec sursis et 2000 euros d’amende pour « exhibition sexuelle », après une manifestation pro-choix dans l’église de la Madeleine en 2013. Depuis la création du délit d’exhibition sexuelle, article 222-32 du code pénal, en 1994, Eloïse Bouton est la première femme a en être accusée.

L’ex militante a simulé l’avortement de Jésus le 20 Décembre 2013 dans l’église de la Madeleine, le tout seins nus. Sur son buste est écrit « 344e salope », en hommage aux 343 femmes qui avaient signé un appel en 1971 en faveur de l’avortement.

Eloïse Bouton écrit dans son livre Confession D’une Ex FEMEN, en 2014 :

« Quand je suis poursuivie après mon action à La Madeleine en décembre 2013, je prends la mesure de cette nudité incomprise. En France, en 2014, j’encours une amende de 15000 euros et un an de prison pour exhibition sexuelle pour avoir manifesté pacifiquement. Tout cela me semble irréel. La procédure renforce ma conviction que la liberté des femmes à disposer de leur corps demeure un tabou. On me considère comme une délinquante, sexuelle de surcroît, avec des revendications inconvenantes dans une société démocratique. »

Cette condamnation est, à mon sens, un scandale. L’acte de manifestation féministe commit par Eloïse Bouton n’est en rien une exhibition sexuelle. Le corps topless de la femme ne constitue pas un délit sexuel- ou alors, dans ce cas, il faudrait condamner tous les hommes topless en été aux yeux de la justice.

Mais alors, qu’est ce que l’exhibition sexuelle ? Wikipédia nous dit :

« L’exhibition sexuelle est l’exécution en public ou dans un lieu accessible à la vue de tous, d’actes sexuels sur soi-même ou la personne d’autrui, et susceptibles d’outrager la pudeur d’autrui. L’exécution d’actes sexuels comprend :

  • l’exécution active : masturbation, rapport sexuel
  • l’exécution passive : exhibition d’une partie du corps à caractère sexuel si elle est volontaire.

De plus, l’élément public doit être recherché ; le simple fait de pratiquer un acte sexuel en laissant même entrevoir l’action peut être qualifié d’exhibition sexuelle. Au contraire, si l’action se déroule dans un cadre fermé, un spectateur qui s’introduit dans la pièce ne peut pas prétendre être victime d’exhibitionnisme. »

Or, l’exhibition d’une partie du corps à caractère sexuel ne peut être une poitrine. La seule partie du corps qui est sexuelle, c’est les parties génitales. Un torse masculin, lui, n’est pas sexuellement connoté. Pourtant, en ce qui concerne la femme, la barrière entre connotation sexuelle ou non reste encore floue.

Sur beaucoup de sites, d’encyclopédies, ainsi que de dictionnaires, l’exhibition sexuelle est attribuée à une dégénérescence psychologique, conduisant à une impulsion de caractère obsessionnel  à montrer ses organes génitaux.

Eloïse Bouton ajout à ce sujet : « La volonté de me faire passer pour une désaxée qui  ne peut résister à l’envie d’arracher son slip en public à la simple vue d’un symbole catholique m’inquiète. Au delà de moi, au delà de FEMEN, ce procès pose la question des limites de la liberté des femmes à user de leur corps comme outil militant. La radicalité d’un homme est décriée en tant qu’objet politique, la radicalité d’une femme est critiquée parce qu’elle offre un visage de la féminité insoutenable, qui vient briser tous les concepts préétablis. Dès que le corps d’une femme est en jeu, le raisonnement est effacé. Il ne reste que cette paire de seins nus, sans discours, car sa nudité annihile son propos.  Le cynisme atteint son paroxysme quand le fait de se battre pour qu’un acte de désobéissance civile ne soit plus considéré comme un trouble mental est lui même considéré comme pathologique. »

Toutes les autres manifestations seins nus des FEMEN n’ont jamais été condamnées pour exhibition sexuelle. Ce qui dérange, dans cette affaire, n’est donc pas la poitrine dénudée, mais le lieu. Il y a ici un outrage à l’Eglise et non un comportement sexuel. Si Eloïse Bouton a à être jugée, cela doit être pour blasphème, et surement pas pour exhibition.

Et là encore, ça pose problème. En France, état laïque qui, de ce fait, sépare la société civile et la société religieuse, le délit de blasphème est supprimé en droit. Pourtant, dans cette affaire, on condamne la militante car elle dénonce les prises de positions de l’Eglise sur l’avortement, le tout dans une église. Cette condamnation constitue donc un scandale pour la loi française qui se doit de séparer l’Etat de l’Eglise.

Eloïse Bouton et son avocat Mr Bouzenoune, ont déclaré qu’ils allaient faire appel à la Cour de Cassation (chargé de vérifier la conformité de la loi), et ils ont tout mon soutien.

La polémique du décolleté d’Emma Watson

Ca tourne sur Internet depuis le 1er Mars : Emma Watson aurait posé seins nus pour la presse, trahissant ses convictions féministes. La jeune femme s’oppose à la sexualisation du corps des femmes, et pourtant, elle ose poser avec un immense décolleté. Ouh l’hypocrite ! Du moins, c’est ce que semble penser la journaliste Julia Hartley-Brewer.

En effet, il y a quelques jours, Vanity Fair poste une photo d’Emma Watson affublé d’un décolleté plongeant.

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Julia Hartley-Brewer. « Emma Watson : Féminisme, féminisme… Inégalités salariale entre les genres… Pourquoi oh pourquoi on ne me prend pas au sérieux… Féminisme… Oh, et voici mes nichons ! »

Par contre, désolée, mais je cherche encore où se trouvent les « seins nus ». Cette photo n’a rien de choquant, de provocateur ou quoi que ce soit d’autre. Mais ça, ce n’est pas l’avis de madame Hartley-Brewer qui semble prendre plaisir à se moquer de l’actrice en ridiculisant son féminisme revendiqué, tout cela via Twitter.

Ses remarques semblent datées d’une autre époque étant donné la nature de la photo. De plus, doit-on encore expliquer à madame Hartley-Brewer un des principes fondamentaux du féminisme « mon corps, mon choix » ? Quand bien même Emma Watson aurait posé topless, où est le problème ? Une femme a le droit fondamental de disposer de son corps comme elle le souhaite. Ceci est non discutable. C’est tout simplement un droit humain.

Le problème, selon la journaliste, si l’on en croit ses propres mots, c’est « l’hypocrisie » d’Emma Watson.

Comme l’indique le tweet de la journaliste,

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Julia Hartley-Brewer : Emma Watson se plaint que les femmes sont sexualisés et après elle se sexualise toute seule. Hypocrite.

Emma Watson ne peut se revendiquer féministe, se battre contre la sexualisation du corps des femmes ET se mettre à nu par la suite. Excusez-moi encore une fois mais, où se trouve l’hypocrisie dans l’acte de poser en dévoilant son corps ? Où se trouve la sexualisation sur cette photo ? Réponse : nulle part.

Cette photo est l’image d’une femme forte, maîtresse de son corps, qui dévoile bien ce qu’elle veut après tout. Si madame Julia Hartley-Brewer voit de la sexualisation, le problème vient d’elle et de sa conception erronée de la chose, pas d’Emma Watson. Sur cette photo, on ne voit aucunement le corps de l’actrice exploité et chosifié. Aucunement. Ce corps, ici présent, n’est pas réduit à l’état de simple objet de divertissement ou d’excitation sexuelle. C’est un corps assumé, qui défend des idées, des choix, des convictions.

Il est triste de devoir encore répéter en 2017 qu’une femme a le droit, et se doit même, d’assumer son corps. Une femme a le droit de montrer son corps, cela ne discrédite en rien ses convictions ou ses propos. Il faut impérativement défaire l’idée qu’une femme est soit intelligente, et de ce fait ne montre pas son corps, soit complètement idiote et délurée, et ainsi se « dévergonde » et expose ses attributs. C’est ce qu’on entend par la notion de « sexualiser le corps des femmes ». Exposer ses jambes, ses chevilles, ses fesses ou ses seins n’a rien à voir avec le sexe; comme cela n’a rien à voir avec le fait d’être respectable ou non, intelligente ou pas. Un corps est un corps, et non un objet sexuel. Une poitrine est une poitrine, cela n’a rien d’humiliant, de provocant ou quoi que ce soit d’autre.

Le corps nu féminin persiste à être le pire tabou de notre société lorsqu’il ne correspond pas à l’image dicté par des codes moraux et/ou religieux sexistes. Le féminisme se bat pour que la femme puisse user de son corps comme elle l’entend et, ainsi, par cette photo, Emma Watson n’est en rien en contradiction avec ses valeurs. Bien au contraire, elle pose sa pierre à l’édifice des femmes se battant pour leur liberté.

Que la société exige de la femme qu’elle se couvre, ou à son exact opposé, qu’elle s’hypersexualise, la femme est constamment sous le contrôle du système patriarcal. C’est pourquoi le corps de la femme est un objet militant lorsque celle-ci se le réapproprie et l’utilise selon son bon vouloir. N’en déplaise à madame Julia Hartley-Brewer.

 

 

YOU ME HER donne une place au Polyamour dans l’univers des séries

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Cet article ne contient pas de SPOIL. Je ne divulgue que ce qui est présent dans le résumé proposé par la série.

You Me Her c’est la série Feel Good qui m’a un peu redonné foi en cette société. Je me suis laissée surprendre par cette série qui constitue un espoir véritable pour l’avenir. Je suis tombée dessus, par hasard, un de ces soirs d’ennui mortel à traîner sur Netflix, quand soudain : Bim ! Netflix me propose une série qui vient d’être ajoutée. Je n’ai rien à perdre, je clique et je décide de découvrir. Les premières minutes de l’épisode me hérissent un peu. Je suis en train de regarder quelque chose de déjà vu, d’un peu trop convenu. Un couple trentenaire qui a du mal à concevoir leur premier enfant. Ils sont en consultation chez leur psychanalyste, se souciant de leur moyenne de rapport sexuel. Je suis déçue, encore un truc bien aseptisé sur le couple américain bon chic bon genre, avec des bons vieux stéréotypes sur la performance sexuelle.

Et puis, pas du tout. Je regrette bien vite d’avoir jugé la série car plus les minutes passent, plus les stéréotypes sont envoyés valser. En effet, la série nous dévoile un couple qui s’essouffle, et pour contrer cela, Jack décide de voir une escort girl, Izzy. Il pourra ainsi pimenter un peu sa libido en draguant, sans pour autant avoir des rapports sexuels avec quelqu’un d’autre que son épouse Emma. Cependant, emplit de culpabilité, il dévoile tout à sa femme le soir même. Et c’est là que les clichés laissent place à des personnages complexes, bouleversés et vrais.

you-me-herLes points positifs :

  • La confusion d’émotions réalistes. Ici, nous avons à faire à de vrais humains en conflit avec leurs propres émotions. You Me Her est une série simple, mais pas quand il s’agit des sentiments. On a ici des personnages contrastés, complexes et perplexes face à ce qui leur arrive. On assiste à leurs doutes, à leurs pas en avant, puis pour ensuite les voir régresser, puis être heureux, avoir peur, etc. Rien n’est tout noir ou tout blanc dans You Me Her. Il faut se préparer à plonger dans l’effusion d’émotion.
  • Les personnages sont lucides avec eux même. Par là je veux dire qu’on a de vraies personnes devant nous et pas des personnages fictifs clichés de sitcom. Enfin, bien sûr que les personnages sont fictifs, mais ils ne donnent pas l’impression de l’être comme dans certaines séries. Avec You Me Her, fini les personnages idiots qui se laissent duper facilement par les autres pour créer des facilités scénaristiques. Ici, les personnages sont intelligents, ils sont conscients de comment il sont traités par les autres et ne se laissent pas avoir par les flatteries mielleuses, ou les mensonges irréalistes. De plus, ils sont capables d’auto-analyse précise, ce qui est assez rare dans l’univers des séries. Ce qui est très appréciable, car on a l’impression de voir de vraies personnes en proie à leurs doutes.  Mais pour mieux comprendre mes propos, il faut regarder la série !
  • On pointe la misogynie et le sexisme du doigt. S’il y a quelques remarques sexistes dans la série, elles sont de suite discréditées par les personnages qui  se révoltent contre, et ça fait du bien !
  • Les stéréotypes de genres renversés. On découvre dans You Me Her plusieurs exemples de couples. Cela va du couple marié avec enfants, au marié sans enfant, jusqu’à la relation sans étiquette de deux protagonistes ne sachant comment évoluer ensemble. On voit évoluer plusieurs relations et, ce que j’apprécie, c’est qu’aucune relation ne se ressemble. Chaque couple se construit à sa manière, et surtout, se construit sans stéréotype de genre. Par exemple : il n’y a pas d’exemple de virilité suprême du mâle accompli dans sa carrière, qui subvient aux besoins de sa femme, celle-ci étant l’illustration même de la féminité, douce et protectrice. Non, pas de ça dans You Me Her. Chacun a sa carrière, ses envies, ses forces comme ses faiblesses. On assiste à un parfait égalitarisme, du moins dans les couples principaux. Car en second plan, il y a le frère de Jack, l’exception qui confirme la règle. Le frère de Jack est le représentant officiel du machisme. Toutefois son attitude n’est jamais validée par son frère. De plus, la série va plus loin en inversant les stéréotypes de genre en montrant un exemple de couple où la femme est meneuse, pas très impliquée dans la relation, fuyante, et a peur de l’engagement; alors que l’homme est dépendant, souhaite une romance et s’accroche à des espoirs.tumblr_o7s5z3w2le1qlceipo3_500
  • On montre l’influence néfaste de la société dans nos vies. On questionne le couple : qu’est ce que c’est un couple, comment il doit être pour être normal ? Qu’est ce qu’on attend d’un couple marié ? etc. You Me Her fait part de la pression sociale exercée sur les couples. Le besoin de se marier, de ressembler à tous les autres couples, le besoin d’avoir des enfants, etc. You Me Her insiste également sur la pression subie par notre entourage. Les Autres deviennent alors les opposants au bonheur personnel. Le bonheur personnel doit toujours se faire selon les intérêts communs, surtout dans un petit village. On retrouve les personnages en proie à des questionnements, demandant l’aide à leurs amis/voisins qui ne peuvent les encourager à sortir du « droit chemin » pour le bien être de la cohésion sociale. You Me Her est un bel exemple du conflit intérieur que vit une personne qui réalise que son bonheur ne se trouve pas dans les standards de la société. C’est une série qui regroupe tous les questionnements qu’on peut se faire, quand on pense à sortir du « droit chemin ». Comment vivre avec nous même ? Comment vivre avec les autres ?
  • La représentations ethnique. Au début je pensais que celle ci se cantonnait aux personnages secondaires, le couple principal étant composé de personnes blanches carrément bobos sur les bords. Cependant, le personnage de l’escort girl se nomme Izzy Silva, ce qui laisse sous entendre des origines latines évidentes. Dans les personnages secondaires, la diversité est bien présente. Sur 7 personnages, 4 sont issus de cultures différentes.
  • L’idéalisme. Emma, Jack et Izzy se retrouvent confrontés à des thématiques auxquelles ils n’avaient jamais réfléchi. Ils ont alors un regard neuf, pur sur la chose, presque enfantin. Et ce regard candide amène à des espoirs, des joies intenses et à des réflexions empreintes d’idéalisme. C’est beau à voir, et c’est rafraîchissant.

you-me-her-saison-1Les points négatifs :

  • La romance à l’américaine. Certes, la série évite beaucoup de clichés mais ça ne veut pas dire qu’il n’y en a aucun. Même si sur le fond on a quelque chose d’innovant par le fait de représenter une autre conception de l’amour, sur la forme on suit quand même bien le schéma de la romance classique. Mais cela, je vous laisse le découvrir.

Pour conclure, je dirai que You Me Her est une série que je recommande pour sa qualité de « première série traitant du polyamour ». Toutefois, on est loin de la série parfaite, même si elle constitue une belle avancée sur la représentation du couple et de l’amour. You Me Her m’a touché car elle donne à voir des personnes humaines se battant pour leurs désirs, leurs sentiments et luttant contre les tabous de notre société. You Me Her pose les bonnes questions. C’est fin, intuitif, doux, et je dirai même humaniste.

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Que les problématiques de You Me Her soient vécues ou non, tout le monde peut s’identifier aux moments de joies simples que propose la série, ainsi qu’à nos doutes permanents en tant qu’être humain vivant dans une communauté. You Me Her n’est certes pas le représentant du polyamour, mais il est celui d’un certain type de couple polyamoureux. Il ne faut pas prendre la série au pied de la lettre et définir le polyamour comme cette représentation unique. Le polyamour, tout comme un couple hétérosexuel, se différencie et évolue selon les personnes.

Et vous, vous pensez quoi de You Me Her ?

You Me Her est sorti le 22 Mars 2016 sur Audience Network aux Etats Unis. La saison 2 a débutée le 14 Février de cette année. Pour l’instant 3 saison sont prévues.